dimanche 21 mai 2017

Un été avec Machiavel

Je connaissais déjà dans cette collection :un été avec Proust et un été avec Baudelaire. Ce nouveau titre :un été avec Machiavel sous la plume de Patrick Boucheron aux Editions des Equateurs   se lit, comme les deux autres agréablement et il nous permet de mieux connaître la pensée de Nicolas Machiavel qui a été bien souvent caricaturée.
L'auteur nous rappelle opportunément les définitions que donnait Flaubert dans son "Dictionnaire des idées reçues" de Machiavel et du machiavélisme.
"Machiavélisme mot que l'on ne doit prononcer qu'en frémissant"
"Machiavel . Ne pas l'avoir lu mais le regarder comme un scélérat."
Traîtrise, duplicité ce sont les mots qui reviennent mais l'auteur nous montre que dans le fond ce procès depuis toujours tient au fait que l'on ne sait pas comment le lire.
"Pour qui écrit Machiavel ?Pour les princes ou pour ceux qui veulent leur résister? (p.54)
Le livre le plus connu de Machiavel :"Le Prince" ( On apprend en lisant ce livre qu'il a écrit beaucoup d'autres choses: des lettres, des pièces de théâtre, des poèmes) s' intitulait en réalité :"Des principautés" et il est souvent perçu comme un mode d'emploi pour conquérir et garder le pouvoir.
Il y a tout un chapitre, très intéressant dont le titre dit tout "Le mal en politique" (p.61) et pose la question le Prince doit il être bon ou méchant, doit il être craint ou aimer? Vaste débat!
En tous cas ce petit livre fait justice de la maxime que l'on a souvent et à tort attribué a Machiavel:"La fin justifie les moyens"
"Machiavel ne l'a jamais écrite, mais IL N'AURAIT JAMAIS PU L'ECRIRE. Sa philosophie de la nécessité repose sur le principe de l'indécision des temps et de l'imprévisibilité de l'action politique:on ne saurait justifier la fin par les moyens puisque, au moment où l'on agit, la fin nous est inconnue;elle arrivera toujours trop tard pour justifier les moyens de l'action." (p.107)
J'ai aussi apprécié cette partie du livre où est évoquée une période qu'a connu Machiavel celle de Savonarole (chapitre 6) qui n'est pas sans évoquer fortement la question des islamistes de notre temps.
Enfin l'auteur termine en rappelant comment Machiavel a inspiré de nombreux penseurs politiques dans les siècles qui ont suivi sa mort en 1527.
Au total un livre qui est une nécessité pour tous ceux qui ne veulent pas demeurer dans une vision tronquée et erronée de Machiavel et du machiavélisme.

vendredi 19 mai 2017

La guerre et la paix: Abdelkader et la France

Ahmed Bouyerdene , universitaire connu et spécialiste de l’Émir Abdel Kader après avoir publié en 2008 Abdel Kader;l'harmonie des contraires nous donne aux Editions Vendémiaire un nouvel ouvrage sur les relations d'Abdel Kader avec la France. C'est d'abord un ouvrage très documenté et il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir en fin d'ouvrage la bibliographie et les références aux documents d'archives.
Mais cette rigueur scientifique s'accompagne d'un style agréable et le tout est parfaitement lisible, accessible et évocateur. En un mot ce n'est pas un livre qui n'est destiné qu'aux historiens mais qui s'adresse a tous.
Je l'ai lu avec  beaucoup d'intérêt et bien que connaissant assez bien la vie de l’Émir pour avoir donné des conférences j'ai encore appris.
L'ouvrage comprend deux parties. dans la première l'auteur revient en détail sur la lutte qui a opposé l’Émir Abdel Kader à l'armée coloniale de la France en Algérie. Dans cette partie est mis en évidence sa grande capacité militaire mais aussi,les nombreux crimes de l'armée coloniale et la valse hésitation du pouvoir politique concernant l'Algérie. A l'heure ou un candidat à la Présidence de la République, devenu Président a évoqué les crimes contre l'humanité commis en Algérie les lecteurs se rendront compte que si l'on peut discuter la notion de crime contre l'humanité de nombreux et très graves crimes de guerre ont indiscutablement été commis. Les français seraient bien avisés de lire cette partie pour connaître la réalité et éviter de de se voiler la face.
Cette partie se termine par la reddition de l’Émir, victime à la fois des forces françaises mais aussi et surtout du manque de soutient (c'est un euphémisme) du Maroc voisin et d'un certain nombre de tribus. A l'occasion de cette reddition une promesse , qui fut la condition de cette reddition, fut faite de manière claire et nette a l’Émir par le Général Lamoricière et par le fils du Roi de France, celle de lui permettre une installation de lui-me^me et de sa famille à Alexandrie pour ensuite s'installer à la Mecque.
Or cette promesse ne fut pas tenu par le gouvernement français qui, se déshonorant, fit emprisonner l’Émir en violant la promesse faîte.
La deuxième partie de l'ouvrage , très intéressante nous montre les conditions de captivité de l’Émir à Toulon puis à Pau et enfin a Ambroise
Est également rapportée de manière très précise l'ensemble des débats politiques qui, tout au long de cette période d’emprisonnement n'ont cessé de se tenir autour de la question de la libération de ce prisonnier.L'auteur étudie aussi l'action de diverses personnalités qui, outrées par la violation de la promesse faite, ont œuvré pour parvenir à la libération de ce détenu.
C'est finalement Napoléon III qui fit liberer l’Émir dont le sort évoquait, pour lui l'emprisonnement de son oncle Napoléon a Sainte Hélène et sa propre détention.
Le livre se termine par l'attitude de l’Émir qui, magnanime, pardonna le parure et eut un comportement irréprochable à l'égard de la France  et on rappellera ,pour mémoire, l'attitude de l’Émir en Syrie qui réussit a sauver de très nombreux chrétiens ce qui lui valut des distinctions dans le monde entier et notamment du Pape.
Il faut absolument lire ce livre qui fera mieux connaître cette partie de l'histoire de France et qui vous fera connaître un personnage très particulier qui disait lui-m^me qu'avant d'être chef de guerre il était avant tout un religieux et un penseur. J'ajoute qu'à l'heure de l’islamisme politique  et de ces ravages la connaissance des idées de l’Émir serait très utile au oint qu'il serait intéréssant de l'enseigner dans les écoles.

mercredi 3 mai 2017

Les écrivains et le fait divers

Minh Tran Huy vient de publier aux éditions Flammarion un essai :"Les écrivains et le fait divers. Une autre histoire de la littérature. Je ne pouvais pas passer a côté de ce livre qui fait écho à celui que j'ai moi-même publié en 2004 aux Editions Atlantica: "Justice et littérature" et dans lequel j'examinai le rapport  que les écrivains ont entretenu depuis toujours avec les affaires judiciaires. Mon plan consistait a examiner dans une première partie comment la Justice pouvait être amené a juger les écrivains et dans l'autre comment les écrivains , de leur côté, avaient depuis toujours utilisé les affaires judiciaires comme source d'inspiration.
Dans le présent livre le propos est plus large puisqu'il est question du fait divers q'il fasse ou non l'objet d'une procédure judiciaire. Les développements sur la façon dont les faits divers depuis très longtemps ont passionné et le public et les écrivains est très fournies et très intéressantes.Elle analyse la manière dont le journalisme a utilisé ces faits divers pour faire du sensationnel et vendre mais aussi comment les écrivains ont tenté ,avec plus ou moins de succès, d'expliquer le fond de ces faits en les analysant sous l'angle économique et social. On retiendra notamment les tentatives d'explication par la lutte des classes du crime des soeurs Papin qui tuèrent sauvagement leur employeur. Affaire qui donna également naissance à la pièce de Jean Genet "Les bonnes".
On relira avec consternation les élucubrations de Marguerite Duras sur le crime du petit Villemin ou elle accusa sans aucune preuve la mère de l'enfant! "Sublime, forcement sublime!
Dans un chapitre, en réalité à mon sens le plus faible de cet essai et intitulé: "La Cour d'Assises comme laboratoire"l'auteur analyse le travail d'André Gide "Souvenirs de la Cour d'Assises" et le roman de Camus, l'Etranger avec sa vision de la Justice et de la peine de mort. On y apprend rien de nouveau.
L'auteur monte aussi comment les écrivains se documentent, examinent les pièces du dossier judiciaire pour ensuite écrire leur roman. J'a pratiqué exactement de la même façon lorsque j'ai écrit : "Retour au pays" publié en 2004 chez Atlantica. Un fait divers rapporté par le journal Libération avait attiré mon attention: un tunisien avait usurpé un nom de français pour demeurer en France, pris par la police il avait été jugé, condamné et s'était suicidé en prison. J'avais été consulté le dossier au palais de Justice de Montpellier.

samedi 29 avril 2017

Une honte! Et une défaite de la pensée

Que des citoyens votent pour le FN je n'ai rien a dire. C'est leur choix. Je le crois très mauvais et pour les libertés et pour l'économie mais encore une fois c'est leur liberté et malheureusement la démocratie permet cela.Sur les dangers il n y a pas a remonter aux élections qui ont porté les adorateurs d’Hitler au pouvoir ( et on a vu ce qu'il a fait une fois élu!) puisqu'il ya à peine  quelques semaines les turcs ont démocratiquement mis fin à la démocratie!
Les pays ont les majorités et les hommes politiques qu'ils méritent.
Par contre ce que je trouve scandaleux, choquant, honteux, inacceptable c'est que le FN et quelques uns qui s y rallient se déclarent pro-européen et gaulliste! On touche ,ici, le fond de la démagogie la plus odieuse et qui devrait interpeller les partisans de la droite extrême.
Se dire européenne comme Marine Le Pen a l'audace de le prétende meeting après meeting alors que toute sa propagande politique est en réalité une attaque délibérée, forte, permanente contre l’Europe qui serait , selon elle, la responsable de tous nos maux est une tromperie grossière et je ne comprends pas que certains s'y laissent prendre.
Maintenant se prétendre gaulliste et faire admettre cette idée à une Marie France Garraud et à un Dupont-Aignan me laisse perplexe.
Voilà un parti dont l'histoire s'est clairement déterminée sur les anciens collaborateurs, les anciens admirateurs de Pétain, dont le dirigeant et , encore récemment, ont tenus des propos révisionnistes, qui n'ont pas hésité à utiliser les bases de la propagande anti-juif contre Macron banquier au cigare et au nez crochu, qui en 1960 était le réceptacle des OAS et de tous les nostalgiques de l’Algérie française, dont le Président a torturé en Algérie, qui, enfin a fait de la xénophobie ,de la haine de l'étranger sa base politique et on voudrait  nous dire qu'il est compatible avec le Gaullisme!
Le ralliement de certains gaullistes, les "pudeurs de gazelle" de certains électeurs et dirigeants de la campagne de Fillon sont un naufrage de la pensée et comme l'a dit avec clarté Bayrou mais aussi Juppe et beaucoup d'autres une honte.Le ralliement de Dupont-Aignan est une défaite de la pensée et il suffit de reprendre ce qu'il disait ,il y a encore qelques mois, du FN  pour s'en rendre compte

vendredi 28 avril 2017

Enfance, dernier chapitre de René de Ceccaty

Je lis en ce moment le livre que René de Ceccaty a consacré a son enfance: "Enfance, dernier chapitre" (Gallimard 2017). Il est en train d'accompagner sa mère qui perd sa mémoire et qui , dans sa maison de retraite s'en va petit a petit vers la mort et il croise les sentiments qui l'étreignent avec le surgissements de ses souvenirs, éclatés, partiels, quelques fois vifs, quelques fois vagues de son enfance commencée en Tunisie et poursuivi du côté de Montpellier.
J'ai trouvé dans ce livre beaucoup de ce que j'ai ressenti en retournant,il n y a guère, en Algérie pays de mon enfance. Il montre bien comment la visite, à nouveau, des lieux de l'enfance transforme et pollue le souvenir que l'on en avait. Il montre bien aussi comment les souvenirs sont très personnels et dans son cas il nous dit qu'il n'a pas le même ressenti de ce passé que son frère Jean de quelques années plus âgé.
Par petites touches nous voyons resurgir son passé lointain et en quoi il a eu des conséquences sur ce qu'il a été dans la vie.Il écrit d'ailleurs que c'est d'une certaine façon  une réflexion sur la naissance d'un écrivain, de la nécessité d'écrire.
Il y a donc des souvenirs d'enfance mais l'essentiel ,me semble t il, est une réflexion sur la façon dont se forme les souvenirs et sur la manière dont ils reviennent à l'esprit.C'est aussi une étude sur la façon dont se forme dés l'enfance la sensibilité d'un homme.
J'en ai profité pour mieux connaître cet écrivain traducteur d'italien (admirateur de Pasolini) et de Japonais. le Japon où il a vécu plusieurs années.
J'ai aussi écouté émission de radio intéressante qu'il a consacré à Jean Senac, le poète assassiné en Algérie. Pasolini et Senac qu'il évoque dans ces pages. Et puis le livre se termine par une évocation émouvante de la mort de sa mère.

lundi 24 avril 2017

Victoire de Macron

Emmanuel Macron est donc arrivé en tête et il est très probable qu'il sera le prochain Président de la République. En ce qui me concerne je m'en réjouis car avec cette élection c'est une clarification sans précédent du paysage politique français qui était devenu, au fil des années complètement incompréhensible et donc dangereux.
En ce qui concerne la parti socialiste il fallait être aveugle pour ne pas constater qu'il s'agissait d'un parti fourre tout et qui depuis François Mitterrand et son congrès d'Epinay essayait avec plus ou moins de succès d'unir des positions en réalité incompatibles.
Ma thèse en ce qui concerne le parti socialiste était qu'il avait atteint en grande partie ses objectifs fondamentaux et qu'il lui était difficile sauf a être dans la posture de proposer des choses très nouvelles. On pourra lire sur ce point mon analyse.
Le quinquennat de François Hollande a fait éclater cette prétendue unité des gauches en mettant clairement la focale sur d'une part une gauche réformiste,admettant comme absolument inévitable la liberté en économie , voulant simplement permettre de la redistribution de la richesse créée et ouverte sur le plan des questions sociétales et , d'autre part, une gauche "révolutionnaire" refusant dans le fond la liberté économique pour prétendre à une sorte d'économie dirigée ou , en tous cas, tellement contrainte qu'elle serait vouée à l'impuissance.
Ces deux gauches ne pouvaient ,sauf hypocrisie totale demeurer plus longtemps unies.
Dés lors les frondeurs, les écolos gauchistes ne pouvaient demeurer lier a des gens qui acceptaient le libéralisme.
L'apport considérable de Macron c'est d'avoir en quittant les appareils mis un terme  a ces "unions de la gauche"  a ces "gauches plurielles" qui étaient des tromperies et qui ont entraînées, années après années des déceptions grandissantes.
Mon reproche a Hollande et à Vals c'est qu'ils n'ont pas eu le courage de porter le fer et de dire clairement les choses en laissant entendre que l'on pouvait encore "unir" les gauches. Voilà ou cela les a mené.
Quant à la droite elle a aussi volé en éclat entre une droite dure pas très éloignée en réalité du Front National et une droite soucieuse de justice et d'ouverture.
Dés lors tout sera désormais beaucoup plus clair:
-D'un côté tout ceux a droite et à gauche qui acceptent le libéralisme en matière économique  seul système capable de vraiment créer de la richesse mais qui veulent aussi un pouvoir juste et une redistribution des fruits de la richesse créée.
-De l'autre a droite les extrêmes qui certes veulent du libéralisme économique mais sans régulation et sans justice et qui  sur le plan sociétal sont dans la régression, dans le soutient des veilles valeurs dépassées qui sont pour une identité étriquée et fantasmée.
-Enfin la gauche extrême qui lutte contre le libéralisme et qui voudrait instaurer une économie régentée, c'est à dire une économie qui n'a jamais dans l'histoire réussi et qui a vite vu venir les dictatures et la pauvreté.
Je pense donc que ces nouveaux clivages vont avoir une longue vie et une grande efficacité et ce ne sera pas le moindre mérite d'Emmanuel Macron.

samedi 22 avril 2017

Alain Moreau

Texte prononcé après la messe lors des obsèques de mon ami Alain à l'Eglise Sainte Bernadette le 25 avril 2017




Nous sommes réunis pour adresser un adieu à Alain.

Je n'ai pas de qualité particulière pour vous parler d'Alain. D'autres auraient sans doute mieux retracer son parcours professionnel. Ma seule qualité est une amitié solide et ancienne.

Alain que nous entourons en ce triste jour est, en effet, mon ami le plus ancien à Pau. Je l'ai connu en 1962 lors de la rentrée universitaire dans cette villa Lawrence qui servait  d'Institut d'Etudes Juridiques.
Il y commençait ses études de droit et moi aussi.
J'arrivai directement de mon Algérie natal et je ne connaissais strictement personne à Pau. Les bancs de l'Institut nous ont réuni et je ne l'ai plus jamais perdu de vue.
 A l'époque nous avions cours toute la journée,les professeurs venant de Bordeaux et je garde le souvenir de ces moments entre deux cours ou nous nous promenions en discutant dans le magnifique Parc Lawrence. Heureux temps!
Je souviens qu'il s'est marié très jeune avec Pascale alors qu'il était encore étudiant et Pascale et lui  m'ont si souvent accueilli ,à l'époque, chez eux dans l'intimité de leur jeune foyer.

J'ai toujours gardé de très bonnes relations avec Alain tout au long de ces longues années, prés de 60 ans  et ce n'est pas très étonnant car nos caractère se ressemblait. Alain était sérieux et très réservé, sans doute même plus que moi mais il n'était jamais dans la superficialité et quand il faisait quelque chose il le faisait avec sérieux et application.
Juriste il a eu une belle carrière au sein de ce qui était à l'époque la SNPA et je me souviens qu' à ces débuts il a été amené a voyager beaucoup et fort loin pour négocier et rédiger les contrats pétroliers que ce grand groupe négociait dans de nombreux pays.
Je dois dire qu' à l'époque cela me faisait rêver, moi qui aime beaucoup les voyages et qui, en tant qu'avocat, était astreint a demeurer à Pau.
Avocat j'ai eu quelques fois a travailler avec lui et son service et j'ai toujours apprécié sa méticulosité, sa rigueur intellectuelle qui ne laissait rien au hasard et à l'improvisation.
C'est ce sens de la rigueur intellectuelle qui faisait que souvent, au cours de nos conversations, 'il était  assez dur pour les politiques de tout bord et disons, leur souplesse, pour ne pas être désobligeant!
J'avais de mon côté un peu plus d'indulgence et un peu plus d’intérêt pour la politique et c'était un objet de discussion entre nous.

Je suis d'origine et de culture protestante mais je dois dire qu'Alain aurait pu très bien pu faire partie de la confrérie et être protestant car il en avait l'austérité et la rigueur. Voilà encore ce qui nous rapprochait.Et je crois qu' à heure de œcuménisme je peux prononcer ce genre de propos ,ici, dans une Eglise et je suis sûr qu'Alain n'en aurait pas été choqué!
Il aimait les belles voitures et surtout la voile et c'est vrai que c'est un loisir qui correspondait bien a son caractère: la solitude face à l'immensité de l'océan,l'affrontement avec le vent et la mer,la contemplation de la beauté de la nature. Et c'est cet amour de l'océan qui l'a conduit a résider beaucoup dans les Landes ces dernières années ou il se trouvait heureux au milieu de cette belle nature.

Son caractère précis et persévérant l'avait aussi entraîné vers la généalogie et il  avait réussi a reconstituer une grande partie de son arbre généalogique. Comme on le voit Alain était un esprit ouvert.
Alain a eu la chance d'avoir une vie familiale harmonieuse avec une femme Pascale, ma chère amie,qui par son ouverture aux autres,sa curiosité,son amour de la discussion compensait un peu le côté un peu sauvage d'Alain.
Elle était le ministre des relations étrangères du couple!

Il a été un très jeune papa et Jean Alain lui a donné deux petites filles qui étaient sa fierté et son plaisir et a qui, après sa retraite , il a pu consacré du temps.J'ai la conviction que l'essentiel de l'éducation est dans l'exemple et il a été pour ces deux petites filles , j'en suis sûr, un très bel exemple de droiture et de travail.
C'est quand le grand départ survient que l'on se met à regretter et mon regret est de ne pas avoir assez profité de cette amitié, d'avoir laissé la vie nous éloigner.

La vie avec son côté trépidant, le travail, les loisirs, les obligations familiales font que nous ne nous voyons nos amis que  trop peu et après c'est le regret même si dans mon cas notre relation a été espacée mais toujours fidèle et chaleureuse.Nous n'avions dans le fond pas besoin de mots et nous pensions l'un a l'autre.
Parce que c'était lui parce que c'était moi !

Face au deuil, à la tristesse je songe souvent à cette phrase que Jean Louis Trintignant a prononcé, bouleversé, aux obsèques de sa fille et que je reprends a mon compte car je la crois très vrai:

"Ne pleurez pas. Réjouissez vous de l'avoir connu"

En ce qui me concerne je ne peux m'empêcher de pleurer Alain, cet ami qui reste associé pour moi et à jamais à mon arrivée à Pau, qui a été d'une certaine façon avec Mimi et Janine Cazendres avec Annie l'image de la France et de son accueil mais en le pleurant aujourd'hui je me réjouis de l'avoir connu, d'avoir pu profiter de son amicale fidélité et ,pour tout dire avec lui me quitte une partie heureuse de ma jeunesse.
Et maintenant quelque soit la vérité.
Ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyait pas.
Alain a trouvé la paix et il nous laisse dans le désarroi. Le jour viendra où nous pourrons tranquillement ,dans l'apaisement, penser a cette partie de nous qu'il a emporté avec lui.
Et enfin comme nous le dit Paul Eluard :

                                       
J'adresse à Pascale son épouse,mon amie, à Jean Alain son fils a ses petites filles et a toute sa famille l'expression de ma sympathie dans cette épreuve douloureuse et venue trop tôt.

Voici un texte et un dessin que la filleule d'Alain a fait en cette triste occasion