mardi 22 août 2017

KamelDaoud: Zabor ou les psaumes

Après avoir lu avec beaucoup d'intérêt "Meursault contre enquête sorte de suite au roman célèbre de Camus L'étranger et son livre de chroniques  Mes indépendances          je viens de terminer son dernier livre,un roman Zabor ou les psaumes paru il y a quelques jours chez  Actes Sud comme les précédents.
Ce roman est dans une veine nouvelle et se présente comme une sorte de conte (mais on aimerait en connaître le côté autobiographique!) dans lequel un jeune, dans un village reculé d'Algérie mène une vie à part car il a un don, du moins le croit- il et le croit- on autour de lui, celui de faire reculer la mort en écrivant sur ceux autour desquels rode la faucheuse.
Ce jeune éloigné par son père remarié dés son plus jeune âge vit chez une tante célibataire et son vieux grand père dans un village aux portes du sud. Cette tante qui ne s'est jamais mariée  passe une partie de son temps devant des films de la télévision en noir et blanc et le jeune narrateur lui traduit les sous-titre en français comme le jeune Albert Camus traduisait a sa grand mère les sous titre des films muets de l'époque.... Ce village colonial avec un bas et un haut, avec ses maisons pas finies, avec son cimetière européen abandonné où se retrouvent quelques jeunes désœuvrés ou voulant boire en cachette, avec ses clôtures faites de figuiers de barbarie  vit dans une sorte de léthargie et seule l'imagination permet au jeune narrateur de s'en accommoder.
A cause de son don il se rend, à la demande de la famille, auprés de son père mourant, celui-là même qui l'a exilé dans la maison du bas avec sa tante pour qu'il tente d'éloigner la mort en écrivant.
Voilà le cadre mais l'essentiel est une réflexion sur la langue ou plutôt sur les langues et sur l'écriture. D'abord les deux langues de son enfance, l'arable littéraire de l'école et l'arable courant de la maison.En ce qui concerne l'arable littéraire il écrit "Jamais je ne parvins a en faire un rite; ce n'est ni sa faute ni la mienne mais celle de ceux qui la présentèrent comme un bâton et pas comme un voyage,comme un langage de Dieu à peine permis aux hommes, et cela me rebuta dés mon enfance. La vérité est qu'elle était mal enseignée, par des gens frustes aux regards durs. Rien qui puisse ouvrir la voie au désir."
Par ailleurs le concours avec l'arabe dialectal va ,aussi, l'écarter de ces langues. "D'un coup,parce que passibles d'être désignés par deux langues (dont l'une est celle de Hadjer,qui continue de dérouler sa parole derrière la porte), les arbres de la maison,les murs, la vigne, les cuillères et même le feu prirent un visage étranger. C'est de là que datent ma maladie et mes premiers tourments"
Il va ensuite lire de vieux livres laissés par les français et il fait dans ce roman un très bel éloge de la lecture qui, dans le fond l'a constitué.
"Pourquoi écrit-on et lit - on des livres? Pour s'amuser répond la foule, sans discernement.Erreur;la nécessité est plus ancienne,plus vitale.Parce qu'il y a la mort,il y a une fin, et donc un début qu'il nous appartient de restaurer en nous,une explication première et dernière"
Et ce qui va l'amener à écrire ce sont quelques livre et,en premier lieu Robinson Crusoé et son perroquet, un vieux livre  "La chair de l’orchidée" qui va l'éveiller a la sensualité, les Mille et une nuits à l'imagination mais aussi, peut être, un traumatisme né du mouton sacrifié sous ses yeux un Aïd Kebir, traumatisme qu'il décrit si fortement!
Ce don de l'écriture est aussi une prison pour lui :"Je savais que j'étais prisonnier de mon don et d' Aboukir ( L'Algérie!),que je ne pouvais pas quitter ni rester immobile et inactif. Voyageur par l'imaginaire je devais y demeurer pour maintenir en vie les miens, les façades des murs, les vielles maisons, les arbres et les enfants malades et les poteaux et même les cigognes et les objets incongrus." (N'est-ce pas là le destin de Kamel Daoud lui-même menacé mais demeurant dans son pays?)


Ce roman est foisonnant et il mérite d'être lu et relu et comme tous les grands textes on n'en épuise pas tout le sens. La critique (en voilà une première) et une seconde que j'attends va y trouver beaucoup de ce qu'est aujourd'hui Kamel Daoud cet intellectuel intellectuel courageux et engagé qui a réussi a s'extraire d'un milieu qui ne devait pas le conduire là où il est aujourd'hui et c'est cette métamorphose qu'il nous présente dans ce conte qui est aussi, selon moi, une sorte d'autobiographie, un roman de la formation, un peu les Mots de Jean Paul Sartre ou Si le grain ne meurt de Gide mais en moins direct.
Et, par un de ces hasards extraordinaire ,j'ai vu, ce soir un film magnifique tiré d'un roman de l’australien Markus Suzak  :"La voleuse de livres" qui, en évoquant ,lui aussi ,la force des mots, du langage et des livres entre en résonance avec le roman de Kamel Daoud.


mercredi 16 août 2017

Balzac: Les illusions perdues

Je met a profit ce temps d'été pour relire quelques grands noms de la littérature.J'ai donc repris Balzac, ce géant, dont j'ai apprécié : La cousine Bette, Le cousin Pons, Le colonel Chabert, Eugénie Grandet,Le curé de Tours et tant d'autres. Je n'avais ,par contre, jamais lu Les illusions perdues ce que je viens de faire.
Ce roman qui est le chemin vers l'enfer du jeune Lucien de Rubempré est,pour l'essentiel, une analyse du milieu journalistique et celui des critiques littéraires et de théâtres et  ce que nous en dit Balzac n'est pas très reluisant. On ne peut s'empêcher en lisant de se demander si de telles pratiques existent toujours aujourd'hui. Probablement.
J'ai aimé la première et la dernière partie du roman moins la deuxième qui m'a parue un peu longue et qui est le récit des premiers pas, hésitants de Lucien vers le journalisme, abandonnant ce qu'il rêvait de faire: écrire une oeuvre.
Par contre la première partie avec sa description d’Angoulême ,ville de province, sa petite noblesse qui croit tenir le haut du pavé,les relations de Lucien avec sa  soeur et son ami Sechard qui deviendra son beau frère, son entrée dans le monde de cette petite noblesse, sa relation avec Madame de Bargeton, tout cela est bien décrit et agréable à lire.
La dernière partie qui décrit la réussite puis la chute de Lucien, victime d'un monde sans moral est également captivante.

lundi 24 juillet 2017

Saint Germain ou la négociation.

Je viens de relire le roman de Francis Walder "Saint Germain ou la négociation qui obtint le prix Goncourt (qui s'en souvient?) en 1958. Ce roman nous raconte un épisode bien oublié de la guerre entre les protestants et les catholiques, celui de la négociation du Traité de Saint Germain. Le roman se présente comme une partie des mémoires de l'un des négociateurs pour le Roi, Monsieur de Malassise qui nous raconte par le menu les péripéties de cette négociation qui a pour objectif de parvenir a la paix entre protestants et catholiques. Donc du côté du Roi de France les négociateurs sont Monsieur de Biron et Monsieur de Malassise et du côté du représentant des protestants l’Amiral de Coligny.
Le roman est intéressant en ce qu'il nous dévoile les stratégies, les ruses , les détours que les deux parties utilisent pour parvenir à ce qu'ils estiment la meilleure solution. Dans le fond ce livre est une sorte de leçon de diplomatie et on voit apparaître au fur et à mesure les caractères des protagonistes,leurs affinités ou leurs oppositions.
La question qui se pose est celle ,pour le Roi, de savoir s'il doit accorder la liberté de culte aux protestants et dans quelle mesure. La question va passer par celle de savoir combien de villes on peut accorder aux protestants  cinq , quatre ou moins et lesquelles :La Rochelle, Montauban, Angoulême, Sancerre?
Ce traité sera finalement signé mais son effet sera peu durable et moins de deux ans parés ce sera la Saint Barthélemy! Cependant cette négociation et ce traité serviront d'exemple aux traités suivants et notamment à celui de l'Edit de Nantes.
Voilà donc une partie d'histoire ,vue de l'intérieure   et écrite dans un style superbe qui nous rafraîchit la mémoire et nous éclaire sur la psychologie des négociateurs.

samedi 8 juillet 2017

François-Henri Soulié

Ma nièce vient de m'offrir deux romans de François-Henri Souliè, deux romans policiers parus dans la collection Le Masque.Je ne suis pas un grand lecteur de romans policiers même si j'ai aimé quelques Simenon ou certains livre d'Agatha Christie.
J'ai découvert avec plaisir cet auteur que je connaissais pas  et j'ai aimé sa façon d'écrire, son humour quelques fois un peu potache mais souvent amusant.
Cet auteur a crée son héros: l'apprenti journaliste Skander Corsaro et il a très bien réussi à la faire vivre tant et si bien que l'on finit par penser que ce héros est réel et que l'on aimerait le connaître avec son humour, son poisson non pas rouge mais doré, sa mère , son ami Tonio et sa moto Morini.
J'ai commencé par "Il n y a pas de passé simple" et je viens de finir "Un futur plus que parfait".
En dehors de ces deux romans cet auteur a aussi écrit , entre autre , une pièce de théâtre qui paraît intéressante: Une nuit à Grenade où il met en scène le musicien Manuel de Falla, lequel essaye de parlementer avec les sbires de Franco pour éviter que l'on tue le poète Garcia Llorca. Le thème m'a paru si intéressant que je l'ai fait connaître a un ami ,organisateur d'un petit festival de théâtre a Angaïs prés de Pau. On verra ce qu'il en advient!
Dans le premier roman toute une intrigue bien menée sur un trésor qui aurait été caché dans une ancienne abbaye.... il y a évidement des morts et des rebondissements que l'on suit avec intérêt.
Dans le second il s'agit pourrait on dire de l'histoire  bien mouvementée d'un petit village avec des personnages pittoresques et d'autres plus inquiétants puisque appartenant à une secte dirigée par un escroc qui sous couvert de foi na qu'un objectif soutirer leur argent aux pauvres crédules.
Mais je me contente ,ici, de généralités car le propre du roman policier est évidement le suspens.

jeudi 6 juillet 2017

Le bonheur chez Camus

Un ami Facebook, universitaire a Guelma m'annonce que cette université prévoit un colloque sur Camus et le bonheur. Cela me parait un thème très intéressant et il m' a inspiré, plume levée, le petit texte suivant:



Il est d'abord indiscutable qu'Albert Camus est né doué pour le bonheur et ce n'était pas évident. On connaît la misère de son milieu, la pauvreté, les humiliations qui sont racontées dans le Premier homme, la maladie qui le frappe tout jeune et qui le poursuivra toute sa vie et pourtant il fut un enfant puis un adolescent et un jeune homme et un homme heureux.
Mais ce bonheur qui lui était , dans le fond,donné ne la pas empêché de connaître et  d'être toute sa vie tourmenté (je crois que le mot n'est pas trop fort) par la finitude de l'homme et par le silence du ciel.
Autrement dit Camus était tout le contraire d'un "imbécile heureux" et il aurait pu faire sienne la phrase de Marguerite Yourcenar "Qu'il eut été fade d'être heureux!"
La question fondamentale est donc de savoir comment malgré sa conscience claire de l’absurdité du monde qui aurait dû le conduire au pessimisme et à la tristesse il a dominé cette conscience et a pu, non seulement être heureux mais donner des raisons de l'être.
Je serai assez d'avis que le bonheur de vivre tel qu'il l'a eu dans son Algérie natale était plus fort que toutes les philosophies et que dés lors il ne pouvait pas, honnête qu'il était sur le plan intellectuel se contenter de décrire l'absurdité du monde et qu'il lui fallait en rendant justice à sa terre natale et au bonheur qu'elle lui donnait, trouver dans ce monde même, dans l'homme et dans la beauté des choses des raisons de ne pas se livrer au désespoir.
Sur le plan personnel ce goût et cette aptitude au bonheur n'ont pas été sans obstacle que ce soit dans sa vie familiale que dans l'attitude de ses adversaires politiques et dans le drame de l'Algérie mais au milieu de ces drames "incessants" il a conservé l'idée que l'homme pouvait être heureux.
S’intéresser au bonheur chez Camus c'est aussi montrer son détachement de l'argent et de la propriété. Dans le fond le bonheur est lié à la simplicité, à la beauté des paysages et du climat et, pour lui, d'un certain pays et d'un certain climat. Il suffit de lire ce qu'il dit de ses voyages et de la façon dont il se retrouve lorsqu'il arrive vers la méditerranée !
Le bonheur chez lui c'est aussi l'amitié et le travail ou le jeu en équipe. Voir ce qu'il dit du foot, voir la façon dont il aimait travailler dans un journal avec les typographes et dans un théâtre ou le travail est toujours un travail d'équipe.La solidarité avec les hommes c'est ce qui ,pour lui, donne du sens à la vie.
Il y a dans un petit livre de Jean-François Mattéi "Citations de Camus expliquées" quelques citations consacrées au bonheur et en citer quelques unes donne une idée de ce que le bonheur était pour Camus.
"Les seuls paradis sont ceux qu'on a perdus." qui nous montre que chez Camus le bonheur est toujours le souvenir d'une perte. C'est la chute qui fait le paradis et la perte. Dans Caligula il fait dire : "Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux." et encore :"Ce monde tel qu'il est fait n'est pas supportable.J'ai donc besoin de la lune,ou du bonheur,ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut être,mais qui ne soit pas de ce monde."
Dans le "Mythe de Sisyphe  : La lutte elle-même suffit a remplir un coeur d'homme.Il faut imaginer Sisyphe heureux."
"Sentir ses liens avec une terre, son amour pour quelques hommes, savoir qu'il est toujours un lieu où le coeur trouvera son accord, voilà déjà beaucoup de certitudes pour une seule vie d'homme."
Il y a ,aussi, une belle entrée dans Le dictionnaire Albert Camus sous la direction de Jean Yves Guerin.
Et, pour compléter ces quelques réflexions voici l'introduction et le plan auquel j'ai songé.

Il serait possible de résumer la vie d’Albert Camus en insistant sur le fait que le malheur a rodé, depuis sa naissance  jusqu’à sa mort,autour de lui.
Le voilà arrivant dans notre monde en 1913 et dés 1914, cette date qui évoque tant de drames pour les français, son père va être appelé a combattre en France , dans ce pays qu’il ne connaît pas et où, très peu de temps après son arrivée, il sera blessé et mourra de ses blessures loin des siens et de son pays. Il sera enterré dans le cimetière de Saint Brieu.
Voilà le jeune Albert et son frère orphelin d’un père qu’il n’auront pas connu et dont personne, a vrai dire, ne leur parlera plus et élevés avec amour , certes, mais par deux femmes illettrées et très pauvres dans ce petit appartement de Belcourt ou seul l’oncle rapporte un petit salaire, la mère de Camus et sa grand mère faisant quelques ménages pour survivre.
La mort du père, la pauvreté sont là qui jettent une ombre sur le destin de cet enfant. Et comme si cela ne suffisait pas la maladie va le frapper dans sa jeunesse. La tuberculose qui, en ce temps là est une maladie qui reste mortelle lui fait ressentir dans sa chair la souffrance de la maladie, l’injustice du destin, la finitude de nos vies et qui l’écartera (certains pourront dire par la suite que ce fut ne chance) de la fonction publique de l’enseignement.
Cette maladie qui rodera toujours autour de lui et lui imposera des temps d’arrêt pour se soigner.
Il connaîtra aussi en dehors de la période de la Résistance en France a l’occupant allemand une autre grande blessure  ,morale celle là, qui est la guerre d’Algérie. Cette blessure, chacun le sait fut très vive et il déclara lui-même qu’il «avait mal à l’Algérie comme certains ont mal au poumon» et il savait de quoi il parlait.Le malade du poumon souffre de crise d'angoisse, de manque d'air, de l'impression que cela va finir. Eh bien c'est ce qu'il ressentait face à la guerre d'Algérie. Cette période qui entraîna une véritable anxiété chez lui  et le conduisit a rompre, avec douleur, avec certains de ses amis.
Et enfin, alors que son pays , comme il le disait dans son discours de réception du Prix Nobel ,«vivait dans un malheur incessant» voilà que la mort l’emporta dans un accident sur une route de France alors qu’il était très jeune encore et que nous pouvions espérer beaucoup de lui.
Peut être faudrait il rajouter a ce sombre tableau qu’il eut , aussi,une vie familiale et affective certes riche mais qui ne pouvait qu’entraîner du malheur autour de lui et que cela ne pouvait le laisser indifférent et qu’il dût en souffrir.
Résumer ainsi la vie d’Albert Camus survolée en permanence par le malheur ne serait pas inexacte, mais ce serait cependant passer a côté de la vérité de l’homme et de son incroyable aptitude au bonheur. Car cet homme a le don du bonheur même si il est tout sauf un «imbécile heureux»!
Ce bonheur par nature fugace il le trouvera dans plusieurs élements qu’il nous faut évoquer maintenant et qui selon moi sont au nombre de trois:
-le pays d’abord ,son Algérie aimé
-la solidarité avec les hommes
-une sorte de recul par rapport à la richesse. (I.)
*

Après avoir évoqué ces élements il nous faudra réfléchir à la façon dont il a tenté de résoudre la cruelle opposition qu’il y a ,dans nos vies , entre l’aspiration au bonheur et la finitude de nos vies, autrement dit comment être heureux alors que l’on va mourir et que la vie est souvent éloigné de nos éspérances (II.)

vendredi 16 juin 2017

Divers écrits de Mouloud Feraoun

Les éditions du seuil ont publié dans la collection Points un petit livre intitulé :"L'anniversaire". Le titre est trompeur et , à mon avis,mal choisi. Il aurait dû plutôt être "Divers textes de Mouloud Feraoun" car il contient, en effet, des textes divers qui n'ont pas grand chose a voir entre eux. Le titre a été tiré du premier texte qui est un projet de roman auquel travaillait l'auteur en 1961 et qu'il n'a pu mener à bien en raison de son assassinat par les barbares imbéciles de l'OAS en mars 1962 quatre jours avant la déclaration de cessez- le feu. Pour le reste on trouve deux textes consacré à Albert Camus et à la guerre. Le premier est une lettre  adressée à l'écrivain en 1958, au moment où il venait de publier ses "Chroniques Algériennes" et que je lis dans la vidéo ci_dessous.
Lecture d'une lettre de Mouloud Feraoun adressée a Albert Camus en 1958 lors de la parution des "Chroniques Algériennes"
Le second texte consacré a Camus est écrit alors que Camus est mort.

Il y a aussi un très beau texte qui est la continuation de son premier livre "Le fils du pauvre" et dans lequel il évoque sa vie avec notamment la période qui fut la plus heureuse pour lui: ses trois ans d'école à l'Ecole Normale de la Bouzarea, là où il fit la connaissance d'une autre "juste" l'écrivain Emmanuel Robles sur lequel il écrit des pages émouvantes et qui demeura son ami jusqu'à la fin.



mercredi 14 juin 2017

Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun

Je viens de terminer la lecture du "Fils du pauvre" de Mouloud Feraoun. Ce texte est paru en 1954 aux Editions du Seuil et c'est le premier livre de l'écrivain, celui qui l'a fait connaître et apprécié.C'est une sorte d'autobiographie consacrée a sa jeunesse dans le petit village Kabyle de son enfance  où il mène une vie pauvre mais dans une famille aimante et dans une nature qui apporte beaucoup à la jeunesse même si elle est dure.Il y a dans ce texte une belle évocation de l'enfance. Il a la chance d'être entouré par des parents aimants et par deux tantes qui ouvriront son imaginaire par le récit qu'elles font des légendes de l'endroit.
Il y a aussi l'évocation des drames que connaît cette famille avec la mort d'une tante et la folie de l'autre, le récit du départ du père en France pour travailler et subvenir aux besoins de sa famille, ce père qui sera accidenté et reviendra très vite dans son village.
Et puis, et c'est la partie qui m'a le plus touché il y a le récit de son parcours scolaire, de sa réussite au concours des bourses, son départ pour le collège à Alger et comment ne pas rapprocher ce parcours de celui du jeune Albert Camus "fils de pauvre" lui aussi?
Comme Albert Camus a connu M. Louis Germain qui l' a aidé a poursuivre ses études (Il faut lire Le Premier homme) l'auteur connaîtra aussi un missionnaire protestant qui l’hébergera et l'aidera.Comment ne pas aussi penser à l'autre "fils du pauvre" l'écrivain Emmanuel Robles que Mouloud Feraoun rencontra à l'école normale et qui devint son ami.
Le récit se termine par une page très émouvante. Il vient d'être reçu à l'école normale d'instituteur et il va quitter son petit village de Kabylie pour Alger. Il est a avec son père sur la route qui va le conduire a Alger:
"Tu vas à Alger, dit celui-ci. Vous serrez très nombreux là bas.On n'en choisira que quelques uns..  Le choix, c'est toujours le hasard qui le fait. Tu vas à Alger comme tes camarades.Nous,là haut, nous attendrons. Si tu échoues, tu reviendras à la maison. Dis-toi bien que nous t'aimons. Et puis ton instruction, on ne te l’enlèvera pas, hein? Elle est à toi. Maintenant je remonte au village. Ta mère saura que je t'ai parlé. Je dirai que tu n'as pas peur.
-Oui, tu diras là haut que je ne n'ai pas peur."
Mouloud Feraoun sera reçu, deviendra instituteur puis directeur puis inspecteur tout en continuant à écrire.
De ce premier livre il dira:
"J'ai écrit le Fils du pauvre pendant les années sombres de la guerre, à la lumière d'une lampe à pétrole. J'y ai mis le meilleur de mon être."