vendredi 31 mars 2017

L'affaire Arnolfini

Une amie m'a offert le livre (roman d'investigation) de Jean Philippe Postel :"L'affaire Arnolfini paru aux éditions Actes Sud en janvier avec une préface de Daniel Penac. Je dois dire que j'ai lu ce livre d'une traite dans le train qui me ramenait de Paris et je n'ai pu le lâcher qu'arrivée à la fin.Il est tout simplement passionnant!
De quoi s'agit il? L'auteur nous raconte un tableau célèbre de Van Eyck connu sous le nom "Les époux Arnolfini" et qui se trouve à la National Gallery de Londres. Le tableau est beau mais tout un livre sur un tableau me direz vous?

                                                     Les Époux Arnolfini
Et bien oui car ce tableau a une histoire et il a connu divers propriétaires mais surtout il a conduit de nombreux critiques a se demander ce que disait ce tableau, ce qu'il montrait et ce qu'il cachait.
Le livre est donc une enquête "policière" menée à partir de l'examen du tableau et c'est très étonnant.
En ce qui me concerne j'aurai pu passer des heures devant cette toile et je n'y aurai vu qu'un couple un peu distant mais qui ne m'aurait pas étonné outre mesure sachant que c'était des gens du nord!
Or s'il y a bien un couple c'est un couple bien particulier qui nous est montré par l'auteur. Je ne peux pas en dire plus car tout le mérite de ce livre est de nous faire découvrir petit à petit une vérité étonnante et la révéler enlèverait beaucoup de plaisir a ceux que mon billet incitera à lire cet ouvrage.
Je peux dire cependant que l'on en apprend beaucoup sur les conceptions qu'avaient a cette époque les contemporains de l'enfer et du purgatoire et nous ne pouvons que rire aujourd'hui de ces analyses sur le sort des âmes défuntes et en lisant , par exemple,un canon prononcé lors du Concile de Florence en 1439
Ne riez pas! Voici ce que nous dit ce Canon ecclésiastique:
"Nous déclarons que les âmes des véritables pénitents,morts dans la charité de Dieu avant que d'avoir fait de dignes fruits de pénitence pour expier leurs péchés de commission ou d'omission, sont purifiés après leurs morts par les peines du Purgatoire, et qu'elles sont soulagées de ces peines par les suffrages des fidèles vivants, comme sont le sacrifice de la messe, les prières, les aumônes et les autres oeuvres de piété que les fidèles font pour les autres fidèles suivant les règles de l'Eglise, et que les âmes de ceux qui n'ont point péché, depuis leur baptême ou celles de  ceux qui,étant tombés dans les péchés, en ont été purifiés dans leurs corps, après en être sorties comme nous venons de dire, entrent aussitôt dans le Ciel et voient purement la Trinité, les uns plus parfaitement que les autres selon la différence de leurs mérites; enfin que les âmes de ceux qui sont morts, actuel ,u dans le seul péché originel, descendent en enfer pour y être toutes punies, quoi qu’inégalement."
Qu'elle imagination!
Et bien pour revenir au tableau et au livre toutes ces balivernes ont inspirées le peintre et l'auteur nous le dévoile à partir de l'analyse de détails que vous n'auriez pas vu même en regardant attentivement le tableau ou qu'en tous cas vous n'auriez pas compris.
Lecture jubilatoire même si certains doutent de la vérité de ce que nous révèle l'auteur, mais aprés tout qu'elle importance puisque le récit nous apprend a mieux voir une telle oeuvre.


dimanche 26 mars 2017

Petit séjour Parisien

Départ vendredi en fin d’après midi pour  quelques jours à Paris à l'occasion de mon anniversaire. Pour une fois depuis de nombreuses années nous avons pris le TGV et c'est bien agréable: cinq heures qui passent vite entre lecture et paysages.
Le lendemain samedi nous avons  visité la chapelle du nouveau Centre Orthodoxe russe qui a fait bouger avec ses coupoles argentées a deux pas de la Tour Eiffel.En réalité il y a une partie de bâtiments très moderne et ces coupoles ne jurent pas, au contraire. La chapelle est de petite dimension mais belle avec des icônes et un lustre superbe. Puis nous avons visité  le musée Jacques Chirac du Quai Branly. C'est magnifique à la fois sur le plan architecture , des jardins très beaux en ce début de printemps et de la mise en scène de ce musée Il y a là des objets de diverses origines qui sont de véritables œuvres d'art et qui montrent que l'ingéniosité, la créativité, l'imagination des hommes est foisonnante et diverses.Je ferai une entrée sur mon blog avec des photos mais je peux d'ors et déjà dire aussi que cette visite m'a confirmé dans l'idée que les religions, toutes les religions sont bien des créations humaines et rien qu'humaines. Beaucoup d'objet, de masques évoquent des croyances religieuses c'est à dire l'invention par ces hommes de récit pour tenter de comprendre le mystère de l'homme et de la mort.En quoi ces idées et ces comportements seraient ils moins vrais que ce que nous pensons?
Et si un prétendu Dieu a parlé comme voudrez nous le faire croire les religions du Livre, comment expliquer qu'il n'a parlé qu' à quelques uns et a laissé beaucoup d'autres avec leurs croyances?
Les photos montrent beaucoup d'objets liés a des rites funéraires et notamment de nombreux mats funéraires sculptés magnifiquement dans toute sorte de bois.

                                                                 






                                                                     

                                                                      

Dimanche nous avions réservé des entrées au Louvre à l’occasion de l'exposition Johanes Vermeer et je craignais ,un peu ,l'affluence car l'exposition a un très grand succès. En réalité ce musée magnifique est parfaitement organisé et l'on déambule assez facilement. L'exposition Vermeer est un peu décevante car elle est situé dans un endroit assez exigu et s'il y a , évidement des Vermeer ils sont en petit nombre entourés de tableaux d'autres peintres Hollandais qui ont peint des situations  semblables à celles peintes par Vermeer. On voit bien sûr les principaux tableaux de Vermeer: la laitière, la dentellière , l'astronome et le géographe.
Au sortir de cette exposition temporaire nous avons été visité l'emplacement des  sculptures françaises dans la magnifique cour Marly et autour. Il y a là des Houdon, Piaget, Puget comme le montre ces quelques photos.
Nous avons terminé notre visite par la partie consacrée aux Arts islamiques que je voulai visiter car elle est dans un endroit ou une architecture originale a été réalisée, évoquant les tentes bédouines. On trouve des belles poteries, des cuivres magnifiques ,des tapis , des menuiseries et des mosaïques.
Sur ce plan j'en ai vu de beaucoup plus belles et plus nombreuses au Musée du Bardo à Tunis.
Par contre j'ai vu le travail réalisé en son temps par les français sur les mosaïques qui ornaient les murs de la Grande mosquée de Damas. Une photo montre ce qu'il en est.

                                                         



Lundi matin nous avons pris le bus 75 au pied de notre immeuble et nous sommes descendus 5 stations plus loin à l'Hôtel de Ville. De là après avoir traversé la Seine nous avons rejoint la Rue Soufflot et le Pantheon. J'ai visité ce monument, ancienne Eglise devenu lieu d'hommage aux "grands hommes". C'est une visite très instructive et tous les élèves et étudiants devaient étudier ce monument et ce qu'il représente.  Toute l'histoire de France après la Révolution est là en commençant par les écrivains des Lumières :Voltaire et Rousseau qui ne s’aimaient pas et qui se font face a face. Il est émouvant  de retrouver les sépultures de Victor Hugo, de Jaurès, de Gambetta mais aussi plus proche de nous celle de Jean Moulin, d'André Malraux, de Pierre Brossolette , de Germaine Tillon et de Geneviève Anthonioz De Gaulle. Les tombeaux sont sobres et tous les même. Le seul parmi ces tombeaux qui est fleuri et couvert de petits messages sur des papiers, des tickets de métro, des cartes c'est celui de Marie Curie. Il y a dans une salle de la crypte un espace ou l'on peut voir des films plus ou moins anciens retraçant les différentes entrées au Pantheon et bien sûr j'ai songé au discours de Malraux lors de l'entrée au Panthéon de Jean Moulin : "Entre ici Jean Moulin avec les cendres ,de Victor Hugo et ses Misérables, celles de....." Admirable discours. J'ai pensé aussi au projet de faire entrer Albert Camus. Il y aurait toute sa place Il est seulement dommage que ce soit une idée de Sarkozy et je me demande si sa famille s'y serait opposé si l'idée était venue d'un autre.
Après cette visite et dans un soleil éblouissant après la crypte nous sommes allé déjeuner à  la Brasserie Balzar  une des plus ancienne de Paris.









Soirée à l’Opéra Bastille où nous allons voir un ballet Le Songe d'une nuit d'été sur une chorégraphie de Balanchine. C'est une histoire très compliquée de chassé croisé amoureux dont une sorte de diable tire les ficelles. Je n' y ai strictement rien compris et je n'ai pas cherché a comprendre. Je me suis contenté d'écouter la musique de Mendelssohn avec sa fameuse marche nuptiale, d'admirer les décors et les costumes haut en couleurs de Christian Lacroix et de voir les danseurs et danseuses évoluer gracieusement. Une belle soirée.

Et le 28 pour fêter mes 20 ans ! déjeuner au Ciel de Paris au 56° étage de la Tour Montparnasse. Une vue depuis notre table absolument époustouflante et un repas délicieux. Vivement l'année prochaine!



vendredi 24 mars 2017

Requiem pour les bêtes meurtries

Pour mon anniversaire ma soeur m'a offert deux beaux livres. Ceux de la poésie vécue d'Ernest Pignon-Ernest et André Velter paru chez Actes Sud dont je parlerai plus tard et Requiem pour les bêtes meurtries de Françoise Armengaud paru aux Editions Kime en 2015. C'est de ce dernier dont je voudrai parler après en avoir dit quelques mots dans une vidéo
Il s'agit d'un essai  comme le souligne le sous titre : essai sur la poésie animalière engagée" et il mêle le texte de l'auteur et des citations plus ou moins longue de poésies consacrées aux animaux mais surtout à leur souffrance au cours des temps. C'est donc un livre assez dur car cette évocation des brutalités infligés par l'homme aux animaux depuis les sacrifices  jusqu'aux abattoirs en passant par la chasse et la corrida ne laisse pas indifférent et montre combien les poètes grâce à leur imagination et à leur sensibilité ont su éprouver et nous faire éprouver de la compassion à l'égard de tous les animaux.
J'ai été touché par la phrase que l'auteur a mis en exergue:

"Je dédie ce recueil à tous les animaux
péris sous la botte de l'humaine brutalité
et dont on voudrait qu'il sachent un jour
que des poètes les ont aimés"
C'est un livre qu évoque ,je l'ai dit , toutes les sortes de souffrance depuis la destruction des forêts et donc de l'habitat de bien des bêtes.

Il y a bien sûr à ce titre le poème bien connu de Ronsard

"Ecoute,bûcheron, arrête un peu le bras,
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas,
Ne vois tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des Nymphes qui vivaient dessous la rude écorce?"

La chasse ce loisir sanglant et sordide est évidement évoquée et déjà par Shakespeare

"Et en ce lieu gisait, blessé par un chasseur,
Un pauvre cerf enfui venu agoniser. Et vraiment mon Seigneur,
Le malheureux poussait de tels gémissements
Que sa robe de cuir se distendait à presque éclater
Et de grosses larmes rondes coulaient l'une après l'autre
En un flot pitoyable le long de son innocent museau."

Et le grand Victor Hugo, grand par la compassion qu'il a eu toute sa vie pour les êtres frappés par le malheur évoque,pour nous, la mort d'un pauvre cheval harassé et frappé parce qu’il n'a plus la force de tirer son chariot!

"Et le cheval tremblant, hagard, estropié
Baisse son cou lugubre et sa tête égarée;
On entend, sous les coups de la botte ferrée
Sonner le ventre nu du pauvre être muet!
Il râle; tout à l'heure encore il remuait
Mais il ne bouge plus, et sa force est finie;
Et les coups furieux pleuvent; son agonie
Tente un dernier effort; son pied fait un écart,
Il tombe, et le voilà brisé sous le brancard"

Et elle cite bien sûr le très beau poème de Victor Hugo :"Le crapaud" ou cet être très laid est martyrisé par des hommes,par des enfants et à la fin épargné par un âne qui se détourne pour ne pas l'écraser et Victor Hugo de conclure:

"trait d'union ineffable et suprême
Qui joint dans l'ombre,hélas, si lugubre souvent
Le grand ignorant,l'âne, à Dieu le grand savant."


L'auteur aurait pu citer aussi Francis Jammes et son amour des ânes et le poème de Paul Fort mis en chanson par Brassens : La mort du petit cheval!

De Francis Jammes elle cite le poème poignant de cette chienne qui vient de mettre bas et à qui on enlève ses petits pour les noyer

"Il les jettera à l'eau
et on entendra alors
La chienne qui n'a pas d'âme
pleurer comme une femme"

Et voilà le poète qui dans sa clairvoyance fait justice de la théorie imbécile de Descartes sur l'animal machine! Oui les animaux ont une âme si nous en avons une car il n'y a entre eux et nous pas de différence de nature mais simplement de degré

Il  y a aussi des poèmes sur l'abattage des bêtes ce grand problème à l'ordre du jour de nos sociétés

Au total un livre à lire et qui m'a conforté dans mon amour des bêtes. Et pour répondre a ceux qui disent "penser aux hommes d'abord" je .les renvoie à lire Marguerite Yourcenar qui a bien montré qu'être indifférent à la souffrance animale prédispose a être indifférent à la souffrance humaine.On pourra lire aussi cet article sur nos comportements à l'égard des animaux.

jeudi 2 mars 2017

Albert Camus militant communiste

Le livre de Christian Phéline et Agnès Spiquel-Courville: Camus  militant communiste: Alger 1935-1937 paru cette année aux éditions Gallimard s'attache a cette très courte période de la vie de Camus entre 1935 et 1937 ou il adhéra au Parti communiste algérien (PCA). C'est une étude intéressante quand on sait avec quel force et quel brio Albert Camus s'est ensuite attaqué au communisme dans son livre "L'Homme révolté" qui lui valut les attaques les plus odieuses de l'intelligentsia avec Sartre en gourou.
L'idée du livre est venu de la correspondance en 1976 entre Charles Poncelet et Amar Ouezegane qui fut un des responsables du PCA et qui souhaitait mettre au clair cette période en interrogeant les survivants.
Le livre est d'abord captivant en ce qu'il fait revivre une partie de cette jeunesse intellectuelle avec la Khâgne du Lycée Bugeaud et les amis d'Albert Camus autour du Théâtre voulu par le Parti et autour aussi, ce que l'n sait moins, du Collège du travail sorte d'universités populaires destinées,pour l'essentiel a aider les jeunes ouvriers européens et musulmans a acquérir des connaissances et ou Camus fit des cours.
Cette ouverture vers les musulmans est d'ailleurs une des clés de cette période car Camus n'adhéra au Parti que parce qu’il était le seul part politique à l'époque à s’intéresser aux idées nationalistes et il faut d'ailleurs chargé de recruter dans le milieu nationaliste algérien.
Cependant Camus, esprit libre s'accommodera toujours très mal de l'esprit de parti et il n'acceptera pas le véritable retournement du Parti sous l'influence de Moscou mettant de côté l'aide aux algériens nationalistes.
Quitta t il le parti, en fut il exclut, fit il tout pour en être exclu la question est encore un peu flou mais il est clair qu'il quitta cette courte période de sa vie qui lui avait permis de se faire une idée sur l'attitude "stalinienne" de ce parti.
En définitive on savait déjà cela mais le livre encore une fois à le mérite de faire revivre cette époque d'effervescence intellectuelle dans une jeunesse très minoritaire en Algérie.
Comme souvent et avec le recul on se dit, une nouvelle fois, que si l'on avait un peu plus écouté ces jeunes gens on aurait peut être pas connu cette fin cruelle de l'histoire.